Proposé le 02 oct 2009 par Kosmopoli : voir son profil

Vivre en Inde : le témoignage d'Hélène, en stage à New Delhi
L'Inde, son Taj Mahal, ses vaches sacrées, et... ses entreprises d'informatique. En effet, les fortes compétences des indiens dans ce dernier domaine font de l'Inde une terre de sous-traitance ou de délocalisation croissante pour les entreprises occidentales. Le grand nombre d'indiens très qualifiés, en développement web notamment, fait que de nombreux projets sont réalisés à moindre côut dans ce pays.Pour assurer un suivi efficace de ces projets, il est cependant hautement recommandé d'y envoyer son propre coordinateur et de ne ne pas tout déléguer à des interlocuteurs locaux. Ce fut justement le cadre de la mission confiée à une jeune française, Hélène Colpin, qui acheva ses études d'ingénieur par un stage en Inde de plus 6 mois en 2009. De retour en France depuis la rentrée 2009, elle nous apporte son témoignage sur cette expérience qui lui a déjà permis de trouver un emploi.
- Peux-tu te présenter en quelques mots ? Age, Nationalité, région d'origine, situation...
Je suis Française de 22 ans originaire de Lille.
J'ai fait des études d'ingénieur en "Maitrise des Risques" à l'ENSI de Bourges.
- Combien de temps as-tu vécu en Inde ? Où exactement ?
J'ai vécu six mois et demi (de février à aout 2009) à New Delhi au Sud de la ville, dans le quartier calme Sarita Vihar.
Je travaillais à NOIDA, au sud de Delhi, dans une joint-venture franco-indienne dans le secteur du web.
- Quelles furent les motivations de ce départ en Inde ?
En tant qu'étudiante en école d'ingénieur je ne pouvais imaginer terminer mes études sans une expérience à l'étranger.
Je souhaitais partir dans un pays très différent de la France et étais passionnée de culture indienne/himalayenne.
De plus, ma spécialisation étant l'informatique et de plus en plus d'entreprises travaillant avec l'Inde dans ce secteur, je me suis dis que ce ne pourrait être qu'un plus pour ma future carrière. Alors pourquoi ne pas allier l'utile à l'agréable ?
- C'était ta première expérience d'expatriée ?
C'était en effet ma première expérience à l'étranger, je n'avais jamais eu l'occasion de voyager auparavant que ce soit pour mes études ou pour des raisons touristiques.
- Que fais-tu concrètement aujourd'hui ?
Aujourd'hui, grâce à l'intérêt accordé à mon expérience par les entreprises, je n'ai eu aucune difficulté à trouver du travail à mon retour en France.
Je suis donc Ingénieur Sécurité des Systèmes d'Informations pour la filiale informatique de Décathlon à Lille.
- Démarches administratives, logement, spécificités culturelles... As-tu rencontré des difficultés particulières à ton arrivée en Inde ?
Au niveau des démarches administratives, pour les simplifier, mon entreprise m'avait conseillé de prendre un VISA touristique de 6 mois, multiples entrées.
Mon stage durant plus de six mois, j'ai dû sortir du territoire pour faire une nouvelle demande de VISA à Katmandou au Népal.
Je l'ai obtenu sans problème si ce n'est une "perte de temps". Une semaine minimum étant nécessaire à l'obtention du nouveau VISA.
Pour le logement pas de problème pour moi car logée par mon entreprise.
Cependant beaucoup d'amis expats ont eu, eux, des difficultés à trouver un logement. En général, au fil des rencontres on finit par trouver quelqu'un qui connait quelqu'un qui cherche un colloc.
Il ne faut pas hésiter à contacter les gens sur des forums/blogs et qui ont déjà des contacts sur places.
Le changement de culture est un vaste sujet.
Il faut juste arriver en Inde l'esprit grand ouvert. Tout les repères changent.
Au niveau du travail, le rythme est très différent.
J'étais manager de projet, je devais mettre un peu de pression à mes développeurs pour que les projets de clients français respectent les deadlines. Cela n'est pas forcement facile, car les indiens respectent "trop" la hiérarchie, prennent peu d'initiatives et ne m'ont jamais contredis même lorsque, de part mon manque d'expérience, je prenais de mauvaises décisions.
Le fait d'être une femme ne m'a pas gêné au sein de l'entreprise. Par contre au niveau de la vie de tout les jours c'est parfois très frustrant voir difficile, d'être une jeune femme blanche.
Quand je me promenais avec un garçon, spontanément les indiens nous pensaient mari et femme. Dans ce cas, ils ne m'adressaient jamais la parole et ne me regardaient pas. On a un peu l'impression de ne pas exister, c'est très frustrant quand on a envie de discuter, d'échanger avec la population locale.
- Qu'est-ce que tu as le plus apprécié lors de ton séjour en Inde ? Et qu'est-ce qui t'a le plus manqué de France ?
La chose que j'ai le plus apprécié en Inde est la facilité de nouer des contacts, de rencontrer des gens qui spontanément deviennent des amis sincères, très accueillants. Is sont toujours prêts à rendre service.
Les indiens sont d'éternels enfants, toujours souriants, insouciants...
Ce qui m'a le plus manqué est la nourriture. Je suis souvent tombée malade à cause la nourriture indienne. Tout est très épicé (rien à voir avoir les restaurants indiens que l'ont trouve en France), cuisiné dans des conditions sanitaires bien loin des normes européennes qui nous surprotègent.
On mange très peu de viande en Inde, il n'y a pas de vrai pain (juste du pain de mie..), pas de fromage (juste de la Vache Qui Rit)...
- Que faisais-tu de ton temps libre ? Où sortir à New Delhi ? As-tu de bonnes adresses à recommander sur place ? Activités, sorties, shopping,...
Le prix de la vie sur place permettait de vivre aisément et de sortir très souvent.
En semaine après le travail deux ou trois fois par semaines, j'avais l'habitude de sortir manger au restaurant.
Avec mes amis nous allions souvent au pub Bennighan à "Greater Kaylash 2", pub qui propose des animations (karaoké, quizz...) plutôt sympathiques et des plats avec ou sans épices!
J'avais également l'habitude de me rendre dans des bars/resto du type Morisson, Urban Pind...
Il y a vraiment beaucoup de restos/bars à Delhi, chacun peu y trouver son bonheur.
Au niveau des sorties, le cinéma n'est pas cher (3 euros environ), super confortable, par contre il faut aimer les bollywood ou les super-productions hollywoodiennes. Le cinéma dans lequel je me rendait se trouvait dans le Mall du quartier Saket.
Dans ce même mall se trouve le Hardrock Café et une multitude de magasins assez chics (aux tarifs très proches des prix français).
Mes weekends étaient consacrés aux voyages. Les weekends de deux jours étant très courts j'ai dû me contenter d'explorer le Nord de l'Inde. Pour cela, je prenais le bus, le train ou louais une voiture avec des amis. Ces weekends nous revenaient en général pour bien moins de 30 euros tout compris.
- Qu'en est-il justement du coût de la vie à New Delhi, et en Inde en général ?
Le coup de la vie est bas à New Delhi, très bas ailleurs en Inde (à part à Bombay), le logement étant ce qui coûte le plus cher à delhi. Pour donner un ordre d'idée : 300 euros pour un appartement 100m² au Sud de Delhi, 600 euros pour un 40m² dans un quartier chic du centre ville.
Pour ce qui est de la nourriture, les produits indiens sont plus qu'abordables, par contre dès que l'on veut des produits style Nutella on les paye aussi chers, si ce n'est plus qu'en France.
Pour me nourrir le soir je me faisais en général livrer gratuitement ou j'allais dans le "market" du quartier où l'on trouve énormément de plats à emporter. Tout cela pour 1 euro grand maximum.
Se méfier des magasins de marque française que je ne citerai pas. Ayant l'habitude de m'habiller dans ces magasins en France je me suis dis que j'allais tout acheter en Inde et que ce serait forcément moins cher. Et bien en fait non, pour une même chemise j'ai dû débourser 10 euros de plus à Delhi qu'en France.
Je pense que ces magasins sont vus comme du luxe et augmentent leur prix en conséquence.
- As-tu pu te faire de nouveaux amis sur place ? La question de la langue est-elle un frein ?
Je me suis fait beaucoup de nouveaux amis, indiens, étrangers, français.
Il faut savoir que l'anglais est moins parlé que ce qu'on peut l'imaginer en Inde. Seules les classes sociales les plus élevées le parlent. Il est donc difficile de nouer contact avec "l'indien de la rue" ou même avec les commerçants du quartier.
Lorsqu'ils parlent anglais, c'est avec un très fort accent mais on s'y habitue vite après quelques semaines d'immersion totale. De plus, il ne faut pas se leurrer, les indiens pensent la même chose de notre accent français.
- Quel est ton souvenir le plus marquant ?
Dur à dire, il y en a eu tellement.
Je pense que c'est mon premier weekend en Inde.
A peine arrivée, un collègue m'a invité à son mariage dans un village près d'Agra (ville du Taj Mahal). Je pense que les gens n'avaient pour la plupart jamais vu de blanche dans leur village, tout le monde voulait me serrer la main, me dévisageait.
Ils m'ont néanmoins très bien intégré à la fête.
Je n'aurais même pas osé rêver à un tel premier weekend en Inde.
- Un conseil à ceux qui ont le projet d'aller vivre en Inde ?
Il ne faut pas sous-estimer le fait qu'à Delhi il fait très chaud l'été (et froid l'hiver), que les villes sont bruyantes, que l'atmosphère est extrêmement polluée, l'eau parfois insalubre, que les indiens n'ont pas du tout la même culture que nous et que tout ça n'est pas forcement facile à vivre tous les jours si on n'est pas super motivé au départ.
Delhi est certes la capitale d'une grande démocratie mais que ça reste une ville dans laquelle il n'est pas possible de vivre à l'occidentale 24h/24, 7jours/7. Il faut respecter la culture indienne et lâcher prise sur ses habitudes Françaises.
- Au sujet de la culture locale, as-tu des informations ou une anecdote qui illustrent la manière de penser des indiens ?
La façon de penser des indiens telle que je l'ai ressentie c'est un peu "Don't worry, be happy"
L'inde est un pays aux infrastructures en assez mauvais état et cela cause pas mal de soucis (panne d'électricité plusieurs fois par jour, eau insalubre, état des routes catastrophique).
Un écran d'ordinateur "explose" au bureau à cause du manque de linéarité de la tension, c'est pas grave, ça fait rire tout le monde...
Les mêmes soucis en France provoqueraient un tollé alors qu'en Inde on se dit qu'au final il y a toujours une solution. Et si vraiment il n'y en a pas alors pourquoi s'en faire !
- Quels sont tes blogs favoris sur l'Inde ?
Je lis tous les jours "Aujourd'hui l'Inde", un blog sur l'actualité indienne, les sorties...
- Quels sont tes projets pour l'avenir ?
Depuis cette expérience, je ne peux imaginer travailler toute ma vie en France. Si en six mois je n'ai pas eu le temps de découvrir toute l'Inde alors je n'aurai pas assez d'une vie pour découvrir le reste du monde.
Je travaille dans un grand groupe qui aura la possibilité de m'envoyer en mission en Inde ou ailleurs. Si je ne repars pas, je souhaite néanmoins travailler avec l'étranger, être en contact avec des gens dont la culture est différente de la nôtre et donc relever les challenges que cela entraîne.
- Enfin, selon toi, que se devrait d'apporter un site communautaire pour expatriés comme le projet Kosmopoli ?
Un tel site doit permettre aux candidats à l'expatriation de trouver toutes les réponses à leur questions, qu'elles soient d'ordre administratives, culturelles pour apaiser un peu le stress du départ !
- Un dernier mot à ajouter pour les lecteurs de cette interview ?
"L'inde il ne faut pas essayer de la contrôler, c'est elle qui te contrôle". Bref, en Inde ou ailleurs, n'hésitez pas à partir, avec l'esprit ouvert et beaucoup de curiosité tout se passera très bien.
En savoir plus :
Le pseudo d'Hélène Colpin sur Kosmopoli : Hlndelhi, la contacter
Le blog d'Hélène Colpin : Le livre de la jungle urbaine à New Delhi
Son stage en Inde.
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